Durant les premières décennies du XXe siècle, la coutume voulait que les stations missionnaires soient érigées sur une colline surplombant le village, ce qui ne favorisait pas le contact avec les Africains. Ces derniers étaient introduits dans des paroisses organisées sur le mode américain ou européen, on chantait des cantiques traduits de l'anglais, les instruments de musique africains n'étant même pas tolérés pour les accompagner !
Mais les choses ont changé. Les chapelles sont construites au milieu des villes et des villages, la plupart des prédicateurs sont des Africains et les chants, composés par des autochtones, sont rythmés par les tambours ou autres instruments de musique indigènes. Pas étonnant qu'en une génération les communautés évangéliques se soient multipliés. Qu'on en juge par ces chiffres : Aujourd'hui 30% des Africains se réclament du christianisme et les évangéliques ont passé de 3% en 1900 à 13% au seuil de l'an 2000, en dépit de l'augmentation de la population du continent qui en ce siècle s'est multipliée par sept (107 millions en 1900, 778 millions en 1999).
Cette croissance spectaculaire, fort réjouissante au demeurant, comporte certains paradoxes. A titre d'exemple, dans les années 1930, un réveil avait secoué le Rwanda. Mais, faute de cadres, l'Eglise évangélique née de ce réveil a périclité, au point qu'aucune digue spirituelle n'a pu éviter le génocide d'un demi million de Rwandais en 1994.
Dans certains pays, les évangéliques ont exercé une influence positive sur les événements nationaux, par exemple en Afrique du Sud lors de la suppression de l'apartheid. Mais dans d'autres situations, il est des chrétiens qui ont cru que la foi devait se politiser ou s'exprimer au travers de votations d'orientation tribale, comme si la Bible avait ordonné Cherchez premièrement le royaume politique, et les autres choses vous seront données par-dessus !
Cependant, comment les blâmer, alors que l'Eglise décuple ses effectifs sans bénéficier de l'instruction méthodique de la Parole divine ?
Par ailleurs, bien des musulmans se sont convertis ces dernières années. A titre d'exemple, en janvier 1997, il fut possible de réunir 9'000 Soudanais dans un stade de football de Khartoum – la ville d'où pourtant émane la plus virulente des oppositions à l'Evangile – et des centaines d'entre eux se décidèrent pour Christ. Mais comment faire pour encadrer ces nouveaux nés alors que les autorités s'acharnent contre les Eglises ? En Afrique du Nord, on compte un missionnaire pour un million d'habitants. Or, des centaines de Maghrébins acceptent Jésus comme Sauveur et sont contraints à la clandestinité. Il en est qui sont venus à Christ après avoir été troublés par des circonstances insolites ou par des rêves. Mais la plupart d'entre eux ont été touchés par des émissions de radio ou après avoir assisté à la projection du film Jésus. Rappelons ici le constat de Patrick Johnstone dans son monumental ouvrage Operation World : "La combinaison radios chrétiennes et cours bibliques par correspondance a amené plus de musulmans à la foi qu'aucun autre ministère."
Ces musulmans convertis doivent tous affronter la persécution de la part de leurs ex-corréligionnaires. Nombre d'entre eux gardent secrète leur appartenance à Christ par crainte des représailles ! D'aucuns ont été emprisonnés, torturés... et subissent actuellement les pires outrages, alors qu'ils ne sont souvent que des bébés dans la foi, vulnérables à toutes les influences, la plupart d'entre eux n'ayant jamais eu l'occasion de se procurer la Bible ou d'assister à des réunions évangéliques !
Dans certains pays comme le Malawi, le christianisme officiel était jusqu'ici majoritaire, représentant environ le 80% de la population. Mais l'islam a passé à l'offensive : le Koweit finance une route qui traverse le pays, à condition qu'on y érige une mosquée tous les 10 km ! Il prend aussi en charge des forages de puits, où seules les femmes musulmanes auront le droit de puiser. Comme l'eau est souvent un problème majeur – d'innombrables Africaines devant faire des kilomètres pour quérir ce précieux liquide, la tentation est forte pour elles de souscrire aux principes coraniques afin de s'éviter une corvée journalière.
On pourrait allonger la liste des tentatives d'islamisation un peu partout en Afrique, surtout dans le domaine de l'instruction : construction d'écoles ou de collèges dirigés par des imams, bourses proposées aux étudiants disposés à être formés, par exemple à l'Université Al Azhar au Caire (la première université islamique date du Xe siècle). L'islam a repris à son compte ce que les académies de Moscou et de Pékin avaient entrepris en faveur des jeunesses africaines sous l'ère communiste !
Dans certaines régions l'Eglise de Christ pourrait être comparée à un grand lac n'ayant que quelques centimètres de profondeur : l'instruction biblique et l'approfondissement spirituel n'ont pas suivi la croissance numérique. Or on ne grandit pas en Christ sans une nourriture adéquate. L'établissement de centres bibliques d'études propageant la saine doctrine est le besoin le plus urgent du continent africain pour que ces millions de nouveaux évangéliques parviennent à une maturité réelle et fournissent les cadres indispensables à l'Eglise de demain.